Le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) plombé (le deuxième entré sur le centre) est mort cette nuit. Son état de santé s’est dégradé très lentement dans la semaine et vendredi tout s’est accéléré. L’autopsie a été réalisée aujourd’hui en fin d’après-midi par le Dr Lydia Vilagines afin de connaître les causes exactes de son décès.

Causes directes de la mort

  • néphrite chronique : entre le moment où il a été tiré et sa découverte, l’oiseau n’a pu se nourrir ou très peu. Ceci a entraîné des lésions irréversibles de ses reins. Difficile à déceler pour ne pas dire indécelable à son arrivée, ce gros disfonctionnement rénal était à craindre vu l’état général de l’oiseau à son arrivée.
  • hémorragie pulmonaire : due aux chocs lors de la chute de l’oiseau après le tir. Décelée grâce à la radio, un traitement antibiotique avait été donné à l’oiseau, mais les dégâts étaient trop importants.

Autres lésions qui auraient entraîné à terme le décès de l’oiseau :

  • Nécrose lente de la patte gauche, où est localisé un des 2 plombs qui a sûrement sectionné des vaisseaux lors de l’impact. Les premiers symptômes de la à dévitalisation à de la patte ne sont apparus qu’hier (jusqu’alors la patte était bien mobile, chaude) : patte plus froide, peu réactive…

Le tir a donc été fatal à l’oiseau : les Pyrénées viennent de perdre un mâle adulte de cette espèce si rare et si emblématique de nos montagnes. Tout ça à cause… de la bêtise humaine.

Communiqué

Un acte de délinquance écologique : destruction d’une espèce protégée !

Le 11 janvier, un Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) a été récupéré par les agents du Parc National des Pyrénées de la vallée d’Aspe suite à un choc avec un véhicule. La radiographie a montré qu’il portait deux plombs de chasse : un dans le muscle pectoral et un autre dans la patte.

Le 15 janvier, la LPO porte plainte contre X pour destruction d’espèce protégée auprès du Tribunal de Grande Instance de Pau et se constitue partie civile dans cette affaire afin de dénoncer ce geste irresponsable.

Depuis le 11 janvier, les spécialistes du centre de soins Hegalaldia au Pays basque où il avait été accueilli, ont tenté de sauver ce gypaète fortement amaigri à son arrivée. Son état de santé s’est fortement dégradé vendredi 25 janvier et il est mort dans la nuit.

Gypaète barbu, le rapace le plus menacé d’Europe !

Seuls 28 couples sont présents à l’échelle des Pyrénées et moins de 150 à l’échelle de l’Europe. Le gypaète barbu a déjà un très faible taux de reproduction, un seul jeune par couple parvient jusqu’à l’envol tous les trois ans en moyenne. Les chances de survie des jeunes sont maigres : un seul jeune sur trois seulement atteint l’âge adulte. La partie occidentale des Pyrénées voit l’aire de répartition du gypaète s’amoindrir d’années en années, les couples ayant de plus en plus de mal à trouver un lieu à l’abri des dérangements.

Cet oiseau avait atteint l’âge adulte et il aurait pu permettre que quelques jeunes parviennent à l’envol et concourent à l’avenir de cette espèce dans les Pyrénées-Atlantiques.

Pourtant c’est une espèce protégée, au niveau international et en France par la loi du 10 juillet 1976 et de l’arrêté du 17 avril 1981. Il fait l’objet depuis 1994 de divers programmes de préservation en Europe et dans les Pyrénées. Il bénéfice d’un plan national de restauration initié par l’Etat en 1997 et animé par la LPO avec une cinquantaine de partenaires. Tous s’investissent au jour le jour à travers tout le massif pyrénéen pour préserver ce joyau emblématique de la biodiversité dans les Pyrénées.

Mais avec des effectifs aussi faibles, toute perte d’un seul individu met à mal la dynamique de population. Si, en plus des causes naturelles de mortalité, en plus des dérangements en période de nidification, certains individus irresponsables tirent délibérément sur les gypaètes, qu’en sera-t-il de son avenir dans les Pyrénées ?

Un geste incité par les appels récents au tir contre le vautour fauve ?

Les campagnes récentes anti-Vautours fauves (espèce protégée elle aussi !!) ont pris récemment une autre envergure. Elles ont été amplifiées par certains élus locaux qui incitent désormais leurs administrés à la gestion de ce problème par les armes. Ce tir sur ce gypaète serait-il une conséquence directe de ces propos ?

Co-signatures : LPO / GEOB / OCL / LPO Aquitaine / Hegalaldia et PNP